Enjeux des élections européennes

Par Aleksander Glogowski Président de l'Union of Students of Europe

Après un scrutin régional en France et législatif en Espagne, les électeurs sont appelés en France mais aussi dans l'ensemble de l'Union européenne à participer aux élections européennes des 10 au 13 juin.

La première interrogation porte sur la campagne : sera-t-elle européenne ou restera-t-elle, comme à chaque fois, un empilement de campagnes nationales ?
Le mode de scrutin n'étant pas homogène sur le territoire de l'Union, il est probable que la campagne ne soit encore une fois éclatée en 25 campagnes nationales simultanées et hermétiquement séparées les unes des autres.
Et c'est ainsi que d'un bout à l'autre du continent, on vote à des dates différentes et selon des modes de scrutin aussi variés que le vote proportionnel avec panachage (Luxembourg), proportionnel doublé d'un vote préférentiel uninominal (Allemagne), scrutin sur liste nationale (Portugal) ou sur listes macro-régionales (8 en France, 13 en Pologne), etc.
Le constat n'est pas nouveau. Malheureusement, en 25 ans les gouvernements nationaux n'ont jamais réussi à se mettre d'accord pour régler cette question pourtant incontournable en démocratie : unifier le mode de scrutin.

Ensuite, quels seront les enjeux de la prochaine législature ?
En premier lieu, la Constitution européenne doit être adoptée dans les plus brefs délais afin de pouvoir faire fonctionner une Union comptant près de 455 millions d'habitants.
Sachant que l'Union comptera bientôt 27 Etats-Membres ou plus. Lors du sommet européen de décembre, l'ouverture des discussions sur l'adhésion de la Turquie sera examinée.

Mais des sujets tout aussi importants attendent l'opinion publique, à commencer par les perspectives financières 2007-2012 ou encore la révision du plafonnement du budget annuel européen. En effet, comment mener une politique structurelle de soutien aux régions les plus en difficulté -que ce soit la Lorraine française, la Silésie polonaise ou l'Alentejo portugais- si le budget européen est limité comme aujourd'hui à 1,27% du PIB et que 6 gouvernements ont signé une lettre pour réclamer non pas une hausse mais une baisse du budget européen ?

Il y a aussi le projet de grands travaux initié par Jacques Delors et remis au goût du jour l'année dernière ou encore la réorganisation des relations internationales sur la base du multilatéralisme. Les électeurs pourrait également se passionner pour la question de la liberté de circulation, d'établissement et de travail sur leur continent enfin réunifié. Ils pourraient s'intéresser à la manière dont nous réglons la question de l'enclave russe de Kaliningrad séparée de la Russie par la Lituanie et la Pologne ou encore celle des minorités comme les Roms qui représentent pas loin de 8 millions de personnes. Autant que la population suédoise.

Enfin, dans la Constitution européenne, il est prévu que la désignation du Président de la Commission dépend de la couleur politique du Parlement européen.
Un véritable progrès en matière de démocratie et d'union politique. De quoi mobiliser l'électorat de Lisbonne à Narva (Estonie) et de Cork (Irlande) à Nicosie (Chypre) en passant par Madrid et Paris en offrant un enjeu majeur : voter pour choisir son destin en Europe.