L'épisode
le plus marquant de la libération de la France est le soulèvement de
Paris dans la semaine du 19 au 25 août 1944. Dans une ville hérissée
de barricades et tenue par les insurgés, la garnison allemande, enfermée
dans ses casernes, renonce pratiquement à combattre. Inquiet à l'idée
d'une possible réaction allemande qui pourrait déboucher sur un massacre,
le général de Gaulle obtient - difficilement - des Américains l'envoi
sur Paris de la 2è division blindée du général Leclerc.
Cette manœuvre
ayant pour but de remonter le moral de la Résistance dans la capitale.
Il fallait que la population voie l'armée française pénétrer dans Paris.
La
2è division progresse sur Paris accompagnée et soutenue par des formations
britanniques et américaines.
Des espagnols sont disséminés dans toute la 2è DB. Parmi ces colonnes
se trouve le détachement du capitaine Dronne.
Leclerc lui ordonne d'avancer droit sur Paris. Dronne choisit alors
comme avant-garde les sections de half-tracks espagnols commandés par
le lieutenant Ellas et le sergent Campos. Son adjoint,
le lieutenant Amado Granell dit que l'unité était composée de
22 chars et de 120 hommes.
Décrivant ce détachement
d'avant-garde qui stationne sur la place, le lieutenant Granell relève
que les chars portent des noms espagnols inscrits sur leurs flancs.
Le sergent-chef Jesus Abenza écrit qu'avant d'entrer dans la
capitale, le général Leclerc avait dit aux espagnols qu'il les voulait
à la tête de la colonne, que c'est eux qui conduiraient l'armée de la
libération.
Abenza
se rappelle également que pendant le trajet de la porte d'Italie à l'Hôtel
de Ville, la foule les avait accueillis aux cris de
"Vive la France ! ". Quand on leur dit que les tankistes sont espagnols,
ils crient " Vive les espagnols ! ".
Plusieurs
chars arborent un fanion de l'Espagne républicaine et, lorsqu'ils atteignent
la place, Abenza met en place le premier canon nommé El Abuelo
(le grand-père).
Mais l'insurrection
de Paris a déjà commencé le 18 août. L'arrivée de l'avant-garde de la
2è division, suivie, le lendemain du gros de la division et de la 4è
division américaine alimentent la bataille de Paris. Plus de 4000 espagnols
participent au soulèvement et jouent un rôle important dans les combats
qui ont lieu place de l'Opéra, place de la Concorde et place de la République,
à l'Ecole Militaire et dans d'autres quartiers de Paris. 
Dans le quartier
de l'Etoile, un guérillero nommé Pacheco fait prisonnier douze
allemands à l'hôtel Majestic. Plus tard, il s'empare d'un certain nombre
d'armes aux Invalides et les distribue aux résistants. José Baron,
chef des guérilleros espagnols sur la rive droite de la Seine, meurt
dans la bataille qui se déroule place de la Concorde.
Un autre partisan espagnol, Trigomas, tue six défenseurs au Sénat
et s'empare de leurs armes. Charles Tillon note que les guérilleros
se battent dans toute la ville. Un groupe d'espagnols dirigé par un
ancien instituteur, Julio Hernadez, occupe l'ambassade espagnole
et remplace le drapeau nationaliste par un drapeau républicain. Dronne
disaient des espagnols :
" Ils étaient presque tous antimilitaristes, mais c'étaient de magnifiques
soldats, vaillants et expérimentés. S'ils avaient embrassé spontanément
et volontairement notre cause, c'était parce que c'était la cause de
la liberté. Oui, en vérité, ils étaient des champions de la liberté.
"
Extrait du livre de Louis Stein "Par delà l'Exil et la mort"