Le 24 août 1944, les Républicains espagnols entrent dans Paris et participent à sa libération
Par Nathalie TOTAL

L'épisode le plus marquant de la libération de la France est le soulèvement de Paris dans la semaine du 19 au 25 août 1944. Dans une ville hérissée de barricades et tenue par les insurgés, la garnison allemande, enfermée dans ses casernes, renonce pratiquement à combattre. Inquiet à l'idée d'une possible réaction allemande qui pourrait déboucher sur un massacre, le général de Gaulle obtient - difficilement - des Américains l'envoi sur Paris de la 2è division blindée du général Leclerc.
Cette manœuvre ayant pour but de remonter le moral de la Résistance dans la capitale. Il fallait que la population voie l'armée française pénétrer dans Paris.

La 2è division progresse sur Paris accompagnée et soutenue par des formations britanniques et américaines.
Des espagnols sont disséminés dans toute la 2è DB. Parmi ces colonnes se trouve le détachement du capitaine Dronne.
Leclerc lui ordonne d'avancer droit sur Paris. Dronne choisit alors comme avant-garde les sections de half-tracks espagnols commandés par le lieutenant Ellas et le sergent Campos. Son adjoint, le lieutenant Amado Granell dit que l'unité était composée de 22 chars et de 120 hommes.

Décrivant ce détachement d'avant-garde qui stationne sur la place, le lieutenant Granell relève que les chars portent des noms espagnols inscrits sur leurs flancs. Le sergent-chef Jesus Abenza écrit qu'avant d'entrer dans la capitale, le général Leclerc avait dit aux espagnols qu'il les voulait à la tête de la colonne, que c'est eux qui conduiraient l'armée de la libération.
Abenza se rappelle également que pendant le trajet de la porte d'Italie à l'Hôtel de Ville, la foule les avait accueillis aux cris de
"Vive la France ! ". Quand on leur dit que les tankistes sont espagnols, ils crient " Vive les espagnols ! ".
Plusieurs chars arborent un fanion de l'Espagne républicaine et, lorsqu'ils atteignent la place, Abenza met en place le premier canon nommé El Abuelo (le grand-père).

Mais l'insurrection de Paris a déjà commencé le 18 août. L'arrivée de l'avant-garde de la 2è division, suivie, le lendemain du gros de la division et de la 4è division américaine alimentent la bataille de Paris. Plus de 4000 espagnols participent au soulèvement et jouent un rôle important dans les combats qui ont lieu place de l'Opéra, place de la Concorde et place de la République, à l'Ecole Militaire et dans d'autres quartiers de Paris.

Dans le quartier de l'Etoile, un guérillero nommé Pacheco fait prisonnier douze allemands à l'hôtel Majestic. Plus tard, il s'empare d'un certain nombre d'armes aux Invalides et les distribue aux résistants. José Baron, chef des guérilleros espagnols sur la rive droite de la Seine, meurt dans la bataille qui se déroule place de la Concorde.
Un autre partisan espagnol, Trigomas, tue six défenseurs au Sénat et s'empare de leurs armes. Charles Tillon note que les guérilleros se battent dans toute la ville. Un groupe d'espagnols dirigé par un ancien instituteur, Julio Hernadez, occupe l'ambassade espagnole et remplace le drapeau nationaliste par un drapeau républicain. Dronne disaient des espagnols :
" Ils étaient presque tous antimilitaristes, mais c'étaient de magnifiques soldats, vaillants et expérimentés. S'ils avaient embrassé spontanément et volontairement notre cause, c'était parce que c'était la cause de la liberté. Oui, en vérité, ils étaient des champions de la liberté. "

Extrait du livre de Louis Stein "Par delà l'Exil et la mort"