Un tiers du territoire espagnol souffre de problèmes de désertification


Près d'un tiers du territoire espagnol souffre de problèmes graves de désertification, ce terme définissant le déséquilibre entre les ressources naturelles utilisées par l'homme et leur capacité de régénération.
Les chiffres donnent des frissons: les îles Canaries, toute la côte méditerranéenne, l'Andalousie, Castille La Manche et l'Aragon souffre d'un problème, dont les incendies, la surexploitation des eaux et l'érosion sont les causes principales.

D'après les études effectuées pour le plan de travail du Programme d'Action nationale contre la Désertification (PANCD), sept provinces espagnoles se trouvent affectées dans leur quasi totalité, tout spécialement Alicante et Las Palmas, auxquelles s'ajoutent le reste de la Communauté valencienne (plus de 90% de Castellón et Valence), Murcie (99%), Tarragone (98%) et A1mería (96%).

Le degré de désertification sur l'ensemble du territoire espagnol est également très significatif.
Ne s'en tire bien que la dénommée " Espagne humide", au nord. Ainsi la désertification est-elle nulle sur 32,84% du territoire, ce qui suppose un total de 16.615.298 hectares; basse sur 13,9% (7,070,591 ha,); moyenne sur 21,68% (10.970.290 ha.): élevée sur 20,41% (10,329,000 ha,), et très élevée sur 1l,09% (5.610.321 ha.).

Ces chiffres suivent la Convention de Luchana contre la Désertification, signée par l'Espagne en 1994, qui mesure l'aridité (manque d'eau de pluie), l'incidence des incendies de forêt et la surexploitation des espaces d'eau pour déterminer les divers degrés de désertification d'un territoire.

On peut affirmer, de façon générale, que l'action de l'homme crée le problème. C'est ce qui se passe aujourd'hui, en tout cas.
Les processus qui fomentent la désertification sont nombreux.
Citons, parmi les plus importants: l'exode rural, qui implique un changement de l'affectation du sol et se traduit notamment par un abandon des terres marginales, anciennes zones de culture sèche, qui livrent aux intempéries des sols autrefois travaillés par les paysans. Le feu est l'autre grand facteur de la désertification en Espagne.
A terme, ses effets sont terriblement dévastateurs dans les régions semi-arides. Entre autre parce que, après la saison sèche, c'est-à-dire l'été, où se produisent les incendies, les pluies de septembre et octobre sont particulièrement violentes dans ces mêmes zones et arrachent les couches les plus fertiles du sol.

La surexploitation des eaux pendant de nombreuses décennies a considérablement entamé les réserves des puits, notamment en Méditerranée. Dans certaines régions, l'eau douce provient exclusivement de la dessalinisation de l'eau de mer. Il en va de même pour l'intérieur où l'implantation de pompes électriques à des fins d'irrigation, s'effectue à un rythme nettement supérieur à la capacité de recharge des zones d'eau .

Pour régler le problème, l'Administration a instauré le Plan d'Action nationale contre la Désertification (PA\D), un projet complexe sur lequel travaillent plusieurs ministères, mais qui se heurte à bien des difficultés, en partie parce que ces propos, très ambitieux, concernent un grand nombre de secteurs sociaux. Juan Sánchez, président du Centre des Recherches sur la Désertification (CIDE), note que la clé du PAND " réside dans la coordination des politiques sectorielles: la Politique agricole commune, le Plan national d'Irrigation, le Plan hydrologique national. Car, pour que le PAND aboutisse, il reste à beaucoup négocier et à pratiquer nombre d'ajustements". Bref, au sein du PAND doivent converger presque tous les aspects, qu'ils soient hydrologiques, forestiers ou agricoles.

Texte publié dans España 2003, revue du Bureau d'Information diplomatique
Mai - Numéro 341- XXXIIe année- Deuxieme Edition