3 questions à ... Juan José Bujidos
Président d'Espamedia
Avril 2004- Vincennes information - n° 589

Pouvez-vous nous dresser la carte d'identité d'Espamedia ?

Il s'agit d'une association vouée à promouvoir la langue et la culture espagnoles en France.
Espamedia édite depuis dix ans Luz y Calor, trimestriel destiné à un public d'hispanophiles, ainsi qu'un Guide des ressources culturelles espagnoles en France, regroupant plus de 1500 adresses d'associations, banques, écoles de langue et autres bars à tapas, à travers l'hexagone.
L'association développe en outre, depuis 1999, un site Internet " saveur-despagne.com ", informant sur l'actualité culturelle, artistique, et associative, en région parisienne et en France, toujours en relation avec le monde ibérique.

L'objectif d'Espamedia, à travers ses différents supports, est de rapprocher les peuples des deux côtés des Pyrénées, dans la continuité des pères fondateurs de l'Europe. Les textes de Luz y Calor sont d'ailleurs majoritairement rédigés en espagnol, mais sont pensés pour être accessibles aux Français qui apprennent ou qui maîtrisent cette langue. Les deux autres supports sont nettement plus faciles d'accès pour le public français, lui permettant de découvrir de nombreux événements se déroulant en France, liés à l'Espagne.

Aujourd'hui, Luz y Calor est distribué gratuitement dans tous les lieux fréquentés par des hispanophiles et compte également des abonnés. La diffusion est très importante en Île-de-France et s'ouvre au marché des grandes villes de province. Nos locaux ont toujours été situés à Vincennes, ville très agréable et dynamique, aux portes de Paris.

Qu'espérez-vous des relations franco-espagnoles ?

Je pense que ces deux pays, profondément démocratiques, sont des maillons essentiels de la construction européenne et qu'ils doivent avancer la main dans la main.
Avec deux millions d'hispanophones, dont plus d'un million d'Espagnols d'origine, la France possède une forte coloration ibérique. Pour une bonne partie, ces immigrés sont installés en France depuis plusieurs générations, à l'image de ceux qui peuplaient "La petite Espagne" où se dresse aujourd'hui le Stade de France (Seine-Saint-Denis).
La France est effectivement une terre d'accueil ancestrale, qui permet à chacun de venir s'intégrer tout en conservant sa culture, ce qui est un vrai plus. Pour ma part, il y a 40 ans que je vis en France et je suis très fier de pouvoir représenter l'Espagne et ses traditions dans ce pays. Je me déclare comme communautaire mais dans le bon sens du terme. Celui qui veut que l'on aime ses racines et qu'on veuille les partager, tout en s'intégrant dans son pays d'accueil. Par ailleurs, le peuple espagnol est très proche de son homologue transpyrénéen et a fortement adhéré à la position française au moment de la guerre en Irak. Mais plus largement, c'est le développement de l'Europe qui représente l'avenir de nos deux pays.

Je suis partisan d'une Europe à 25, où chaque pays gardera son identité propre et je suis persuadé que d'ici 15 ans, celle-ci sera encore plus compétitive économiquement. Pour autant, il faut des leaders dans cette grande Europe, et la France comme l'Espagne, l' Allemagne, la Grande-Bretagne ou l'Italie ont un rôle moteur au sein de l'Union Européenne.

En tant qu'Espagnol vivant en France, comment avez-vous ressenti les attentats de Madrid ?

J'ai tout d'abord été profondément choqué par cette barbarie et quels qu'en soient les auteurs je la condamne très fermement. L'Espagne, pourtant tristement habituée aux attentats, n'avait jamais été aussi profondément meurtrie.
Mais au-delà de l'horreur, c'est la démocratie espagnole qui a été visée et plus largement tous les pays démocratiques, à commencer par ceux de l'Union Européenne.
C'est pour cela que nous devons lutter ensemble pour éradiquer le terrorisme, car c'est par une somme de combats communs que nous aurons su faire fructifier, que nous bâtirons une Europe forte.

J'ai été sincèrement touché de l'attitude du peuple français après les attentats. J'ai reçu énormément de messages de sympathie dans les jours qui ont suivi. J'étais d'ailleurs auprès du maire de Vincennes sur la place du Général Leclerc, lors des trois minutes de silence décrétées en hommage aux victimes et je tiens à remercier tous les vincennois présents ce jour-là de leur attitude solidaire .