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Le film est
basé sur une pièce de théâtre, qu' avez vous changé dans l´adaptation
pour le cinéma?
Ma productrice a tout de suite compris que j´allais faire une adaptation
très peu littérale et m´a laissé travailler dans cette direction.
En m´éloignant de la structure, sans la trahir. J´ai conservé l´essentiel
de la pièce, avec une différence fondamentale : les protagonistes dans
la pièce sont des étudiants de 25 ans. Je voulais changer l´âge des protagonistes
et chercher des acteurs avec un look d'adolescent et ouvrir le scénario
pour que l´action se déroule dans un petit village pendant les vacances
et raconter une histoire d´été.
En plus, mon premier film " Hotel Room " se déroulait tout le temps dans
une chambre d´hôtel, j´avais donc très envie de travailler dans des espaces
ouverts. Ça a été un long processus parce que la boite de production était
déjà passé par plusieurs scénarios.
Je n´ai voulu en lire aucun. C´est un film qui était même passé par d´autres
réalisateurs, mais pour une ou une autre raison ça n´avait pas marché.
Marta est très spéciale comme productrice, elle ne fait qu´un film à la
fois ; elle n´a pas une énorme capacité de production.
N´était-ce pas trop risqué de s´éloigner de la pièce de théâtre?
C´était comme faire un autre film, mais Marta a aimé l´idée et elle a
compris que c´était la seule façon pour que je fasse une adaptation de
ce texte.
Elle m´a laissé travailler tout en assumant les risques que cela implique.
On a maintenu le nom de la pièce parce qu´en Catalogne elle avait eu un
très bon accueil. Joel Joan et Jordi Sanchez y sont très connus. On a
voulu conserver ce lien. En effet, les auteurs de la pièce font une petite
apparition dans une séquence du film.
J´aimais le fait que les auteurs-acteurs de la pièce se retrouvent nez
à nez face à leurs propres alter ego dans le cinéma ; c´est une scène
qui passe tout fait inaperçu pour les gens qui ne connaissent pas la pièce.
Est-ce
que " Krámpack " a une signification métaphorique?
C´est le nom que les protagonistes utilisent pour leurs jeux sexuels.
Le mot " krampack " veut dire se masturber l´un l´autre, c´est ce qu´ils
disent dans le film. Dans la pièce, un krampack représente une sorte de
rituel, presque militaire, ou plusieurs personnages entament des pratiques
sexuels. Mais ça n´a aucune signification métaphorique.
Comment
définirais- tu ton film?
C'est une
histoire d´amitié entre deux adolescents au moment du passage à
l´âge adulte ;
et tout ce qui avait été un jeu, , cesse de l´être. Ils ont passé toute
leur vie à faire des krampacks mais au cours de cet été là les
sentiments font leur apparition.
C´est sur cette frontière que tourne le scenario. Ce n´est pas un film
sur l´homosexualité, ni sur les adolescents, tout est axé sur l'amitié.
C´est une idée que je n´ai pas voulu perdre dans le film. Au delà du fait
qu ´il y ait des moments ou l´un d´eux confonde krampacks et sentiments.
Ce sont deux amis, au début comme à la fin du film. Au Festival de Cannes,
une fille est venue me voire très triste après la projection en me disant
que ces deux garçons qui étaient très bons copains allaient cesser de
l´être à cause de tout ce qui s´était passé cet été là entre eux.
C´est ce que j´adore dans le cinéma c'est lorsque des personnages fictifs
prennent une dimension réelle. Les personnages sont vivants et
leur vie se prolonge aprés la fin de la projection.
Est-ce
que tu voulais montrer la frontière fragile qui sépare l ´amour de l´amitié?
La clé est dans le mot frontière. A cet âge là tout est très confus
et imbriqué. Quand on est adulte c´est plus facile. A cet âge tout se
mélange : sentiments, instincts et amitié. On a critiqué le manque de
conflits entre les personnages, mais en fait c´est qu´ils ne perdent pas
leur temps à s´analyser, ni à parler, ni à penser ; ils font, ils agissent,
comme des machines. Dani a une scène très forte avec Berta dans la caravane,
c' est quasiment un viol, mais il n´en parle pas, il vit tout ça avec
son égoïsme d´adolescent, ses impulsions. Il n´y a pas de verbalisation
des actes. Tout est confusion.
Et
dans la pièce de théâtre?
C´était une pièce avec un grand nombre de gags, une grand-mère presque
morte dans la chambre d´a coté et des situations vaudevillesques ; le
film en revanche est une comédie sérieuse, même s´elle commence de manière
légère avec des moments d´humour. La pièce était beaucoup plus superficielle
et avait des rythmes émotionnels très différents.
Comment
s´est passé la sélection des acteurs?
J´avais déjà vu Fernando dans " La buena vida " (la belle vie) de David
Trueba et d´emblée j´ai vu en lui un acteur très " intérieur ". Fernando
est très cérébral ; ce n´est pas un acteur passionné. Dans le film de
Trueba il jouait un adolescent timide et plein de problèmes. Je ne voulais
pas que le personnage de Dani soit ainsi. Il était en train de finir "El
corazón del guerrero " (le cœur du guerrier) et il a appris par son agent
que je faisais un casting à Madrid et il est venu avec une énergie spéciale
; et ça c´est très important, surtout pour les réalisateurs qui commencent,
on est moins sûre, on a plus peur. Il avait très envie de faire
le film. Il avait lu une partie du scénario et il savait qu´il y avait
un personnage original et intéressant, alors il a tout de suite cherché
à me séduire. Il y a eu un bon feeling entre nous et je suis rentré à
Barcelone avec Fernando Ramallo en tête pour le rôle de Dani. Par contre,
pour le personnage de Nico ça a été bien plus difficile ; j´avais vu Jordi,
mais il était tellement spéciale et si peu acteur que personne ne l´a
vraiment pris au sérieux. Moi j´ai tout de suite accroché mais la personne
chargée du casting et la productrice ne pensaient pas qu´elles pourraient
donner le rôle à ce garçon avec une tête de fou pareil. Finalement
il a eu quand même le rôle parce qu ´il représentait l´antithèse
de Fernando Ramallo : la vitalité, la négligence.
Quel
genre de relation y a-t-il eu entre les deux acteurs principaux?
Leur relation a été d'un très grand respect, mais pas du tout complice.
Ça n´a pas été une relation de deux amis, et ils n´ont pas chercher à
forcer quoi que ce soit et moi non plus, et j''ai bien aimé ça. Jordi
et Fernando sont deux personnes très différentes avec des trajectoires
très diverses ; l´un est madrilène, l´autre est catalan ; on ne peut pas
dire qu´il y ait eu une chimie spéciale entre eux. Le tournage a duré
plusieurs semaines et chacun menait sa vie. Le fait que deux personnages
aient une relation d´amour ou de haine dans un film n´implique pas que
dans la vie réelle il en soit de même.
Les professionnels du cinéma font leur boulot et ensuite ils rentrent
chez eux et continuent à mèner leur vie. Mastroianni disait sur
l´implication émotionnelle et la méthode " si je dois interpréter une
scène dramatique où je dois me montrer très affecté, je ne vis pas ces
émotions vraiment parce que si je le fais je perd le contrôle sur ce que
je suis en train de faire "
Moi, j´aime travailler comme ça, je ne crois pas au processus d' implication
émotionnelle. Je ne nie pas qu´il y ait des gens qui grâce à cette méthode
accomplissent de grands rôles mais je ne me sens pas a l´aise avec cela.
Les
scènes de sexe avec des adolescents étaient-elles compliquées?
Ils se sont amusés et il n´y a pas eu des problèmes de pudeur ou
de honte. Au contraire, ils savaient que ces scènes étaient la colonne
vertébrale du film. Je me souviens d ´une nuit ou j´ai du renvoyer tout
le monde du plateau parce que j´avais besoin de temps pour répéter des
plans qui étaient assez long. C´était une chorégraphie difficile, surtout
quand tu tournes à trois heures du matin après huit heures de travail.
Ils avaient une excitation spéciale à tourner ces scènes parce qu´ils
étaient conscients que c´était quelque chose de fort et intéressant pour
l´histoire du film. En revanche, pour d´autres scènes de transition ou
moins importantes elles ont été plus difficile à tourner parce
qu´ils devaient se souvenir du texte et se concentrer plus.
Qu'
est que ce film t ´a apporté?
Chaque film t'apprend des choses différentes, aussi bien du point de vue
technique, que sur le plan humain: le contact avec les acteurs et l´equippe.
Dans un prochain film je superviserais plus le montage et l´ordre de tournage
des séquences. C´est mon premier film avec une équipe de tournage complète.
On apprend beaucoup sur le terrain. Grâce a " Krampack ", je suis un réalisateur
qui appartient au paysage cinématographique espagnol. Cela te permet d´entrer
en contact avec les producteurs sans avoir à te présenter, ça implique
aussi que l´on te fasse plus des propositions pour tourner.
Que
penses- tu de la situation actuelle du cinéma espagnol ?
On tourne beaucoup et on fera le tri plus tard. Il faudrait quand même
protéger ce patrimoine. Les films américains sont très et trop
présents. Le Gouvernement doit protéger l´ industrie nationale pour que
les professionnels du cinéma puissent gagner leur vie. Cela impliquera
une plus grande production, plus de films et donc forcément, dans le tas
i y aurait de bons produits. Je me considère comme un privilégié, parce
que dans mes amis et compagnons de génération qui ont aussi tourné la
même année que moi, n´ont pas toujours eu l´occasion de sortir leur film
en salle ou d´arriver aussi loin que moi. Si les producteurs ne s´occupent
pas bien de la promotion, ça ne sert à rien de produire autant de films
parce que très peu sortiront sur les écrans et on empêchera les jeunes
réalisateurs de montrer leur talent au public. Je croisqu´il y a plus
un problème de diffusion qu´un problème de production
Est-ce
qu´il manque des salles cinémas?
Non, pas du tout, mais 75% des films projectés en salles sont des
films américains. C´est comme si l´Espagne produisaient des oranges mais
achetaient la plus grande partie de sa consommation en Californie, ainsi
elle condamnerait ces agriculteurs à mourir de faim. Je n´aime pas du
tout la censure, mais cette situation provoque d´énormes pressions sur
les producteurs et les réalisateurs pour sortir un film. Tout ça devrait
être un peu plus cool et à ceux qui, comme moi, débutent, on devrait
nous accorder un peu plus de temps. Au cinéma ou tu débutes comme
Orson Welles ou tu disparais. Tu n´as pas de temps d'apprendre, et comme
dans beaucoup de professions, le cinéma s´apprend sur le tas , en travaillant.
Que l'on me laisse au moins arriver à mon cinquième film ...
Est-ce
que tu as senti cette pression?
Oui, bien sûr. Il y a la pression d´avoir enfin réussi à tourner
un film, même si ce n´est pas tout à fait ce que je pensais faire; il
y de l´orgueil; c´est une chance que tu ne peux pas laisser échapper.
Et je considère que j´ai eu beaucoup de chance. Il y a beaucoup d´autres
films qui ne sont pas arrivé aussi loin que le mien parce qu´ils n´ont
pas eu une bonne promotion. Maintenant je suis plus relax. J´espère prendre
encore plus de plaisir avec mon troisième film. Avec " Krampack " j´ai
beaucoup appris mais cela n´a pas été facile. J´ai dû apprendre aussi
à gérer toute la partie sociale : les festivals, la presse, … Pour les
acteurs c´est plus évident.
Quels
sont les réalisateurs espagnols actuels que tu admires le plus?
En Catalogne, mes préferés sont Guerín y Agustí Villaronga. C´est le cinéma
qui m´intéresse et me plait en tant que spectateur.
Est-ce
que cela veux dire que tu aimerais aller vers un cinéma plus expérimental
à l´avenir?
Non, pas du tout. Je crois qu´il faut faire la différence entre ce que
tu aimes et ce que tu veux faire. J´aime ce genre de cinéma précisément
parce que ce n´est pas mon univers. C´est quelque chose que je ne pourrais
jamais créer ; c´est pour cela que je me sens attiré. Quand je vois des
œuvres plus proches de moi, au fond ça ne m´intéresse pas autant, ça peut
même m´ennuyer. C´est pour cela, par exemple, que j´aime Buñuel.
T'as
mentionné des réalisateurs catalans, qui t´intéresse dans le reste de
l´Espagne?
J´aime beaucoup les films de Julio Medem, c´est un grand magicien. J´ai
apprecié aussi les films d´Iciar Bollaín.
Quels
sont tes futurs projets?
J´en suis encore au stade de préparation et de confusion aussi. Je peux
m'avancer , ça sera une histoire chorale et ma réflexion en ce
moment se situe au niveau du type de narration. Ce sera un film sentimental
avec quatre ou cinq personnages. Je le tournerai à Barcelone. Je n´ai
jamais tourné dans ma ville et j´en rêve. Il y a plein de places à Barcelone
que j´ai envie d´inclure dans un film depuis des années. Je crois que
c´est une ville peu utilisé en tant que plateau cinématographique.
Est-ce
que t' as déjà un producteur?
Je vais continuer a travailler avec la même productrice, c´est une sorte
de mariage. A Barcelone il y a une relation assez personnelle avec ton
producteur. Le producteur est très impliqué parce qu´il produit peu et
lorsqu' il le fait il est très présent. Aussil faut-il qu´il y ait un
bon rapport au niveau humain, et c´est le cas avec Marta, bien que nous
soyons de générations différentes. Elle m´a appuyé dans les moments décisifs
et compliqués de " Krampack ". On a établi un niveau de confiance et de
complicité qui a facilité le développement de futures collaborations.
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