Les
musulmans s'étaient rendus maîtres en 718 de la péninsule dans sa
quasi-totalité. Une grande proportion de chrétiens convertis à l'islam
ainsi que des musulmans de diverses nationalités - Arabes, Syriens et
Berbères - fondèrent en Espagne de petites colonies. Les riches terres
de l'Espagne méridionale, à laquelle ils donnèrent le nom "Djazirat
al-Andalous", présentaient un intérêt incontestable comparativement
aux déserts de l'Afrique du Nord.
De
l'émirat aux "taifas"
Abd ar-Rahman I er , dernier héritier des califes omeyyades, réussit
à échapper au massacre de sa famille, quitta la Syrie et passa en Espagne,
où il prit Séville puis Cordoue (756) et fonda un émirat. Abd ar-Rahman
III mit un terme à une période de troubles, unifia l'Espagne mauresque
et se proclama calife (929). Son règne (912-961), époque de prospérité
économique et de splendeur culturelle, marque l'apogée de l'Espagne
musulmane.
L'Andalus était,
à bien des égards, radicalement différente de l'Europe chrétienne. Alors
que l'Europe rurale s'était appauvrie, l'Andalus était une région de
villes prospères tournées vers le commerce. Ses produits, notamment
le verre, le papier, le cuir, l'orfèvrerie et les soieries, jouissaient
d'une grande renommée jusqu'en Inde. Les souverains musulmans toléraient
généralement les chrétiens et les juifs et encourageaient la diversité
culturelle.
Les sciences, la
médecine et la philosophie étaient florissantes, en particulier à Cordoue,
la capitale. Les savants islamiques espagnols, tel Averroès, étudièrent
les œuvres d' Aristote et des autres philosophes grecs, qui furent traduites
en latin avant d'être diffusées dans le reste de l'Europe.
Cette situation
dura sous le gouvernement du lettré ambitieux Ibn Abi Amir, connu sous
le nom d'al-Mansour ("le Victorieux") et qui exerça une véritable dictature
jusqu'à sa mort en 1002. L'Andalus se morcela alors en petites factions
et en principautés, dressées les unes contre les autres (les taifas).
Après la disparition
du califat (1031), l'Espagne musulmane connut une réunification de courte
durée sous des envahisseurs musulmans d'Afrique du Nord, les Almoravides
(1086-1147) puis les Almohades (1147-1212), qui cherchèrent à instiller
dans la population maure indigène un islam plus teinté d'intégrisme.
En dépit de certains succès temporaires, l'Espagne musulmane ne pourra
désormais que se tenir sur la défensive.